HISTOIRE VRAIE

UN LIEU
L'archipel du frioul, situé à vingt minutes en bateau du vieux-port de Marseille, est formé de trois îles : If, Pomègues et Ratonneau détachées du continent depuis la transgression flandrienne. If, la plus petite, doit sa célébrité à son château, Alexandre Dumas et le Comte de Monte-Cristo. Pomègues et Ratonneau étaient autrefois couvertes de forêts et Louis XIV en fit une chasse royale. Elles furent reliées par une digue au début du XIXème.

Ces îles vérouillent la rade. Elles servent, tout au long de leur histoire, à des fins militaires et sanitaires.

L'Amirauté déboise pour construire des navires. La terre, emportée par l'érosion, laisse la place aux roches blanches et une maigre toundra s'accroche encore dans les fractures.

Dans les années 70, la municipalité décide de faire des îles un nouveau quartier. Un programme immobilier est mis en place mais ne sera qu'en partie réalisé. Aujourd'hui, moins d'une centaine d'habitants demeurent sur les îles toute l'année. L'activité de la dizaine de restaurants installés à Port-Frioul dépend essentiellement de l'afflux touristique estival, mais les visiteurs privilégient le Chateau d'If.

UN HOMME
Né en 1945 à Tananarive (Madagascar) et d'origine réunionnaise, Jean-Claude Mayo, artiste plasticien, vit à Marseille. Dans ses créations d'atelier comme dans ses scénographies monumentales (par exemple "Symbiose pour volcan et oiseaux" : 12 géants de 6m de hauteur érigés sur le flanc du Piton de la Fournaise à la Réunion), il affirme à chaque fois son désir d'entraîner le spectateur dans ses uvres comme dans une autre dimension, où un reflet, une distorsion ou le simple détournement d'un objet donnent à la réalité l'apparence de nos rêves.

Arrivé, comme il le dit lui-même, au bout de son processus pictural, il se met en quête d'un nouvel espace de création.

Acquéreur en 1989 avec sa femme Nadine du Fort de Brégantin (Ile de Ratonneau), Jean-Claude Mayo s'attache passionnément à ces terres arides et quasi désertées. Son imaginaire fertile s'y embarque et, libre, y chevauche à tout vent.

Perpétuel illusionniste du réel, inventeur invétéré d'autres univers, l'artiste emporte l'archipel vers ces mondes fantastiques où Alice au bras de Corto Maltese devise gaiement avec Tintin à cheval sur le sceptre d'Ottokar, et y transforme le caillou de la rade de Marseille en "une perle sur le nombril du monde"...

UNE OEUVRE CONCEPTUELLE évolutive et aléatoire émerge ainsi des voyages intérieurs de l'artiste :
"concept totalitairement libertaire" (dixit son créateur), la
République Libre du Frioul est née.

DU VIRTUEL AU REEL

Cet Etat au caractère jovial et conquérant se dote une fois pour toutes et sous les vivas d'un Président nommé ad vitam aeternam : Egrégore Le Virtuel, et Jean-Claude Mayo devient tout naturellement Ministre Convoyeur du Verbe.

L'idée séduit. Une lettre à Egrégore qui, jamais contrariant, dit "oui", et voici en quelques semaines la proclamation effective d'une bonne dizaine de ministres aux portefeuilles généreusement gonflés d'enthousiasme ! L'oeuvre de Jean-Claude Mayo devient collective, enrichie de l'imaginaire de chacun.

Vaste mouvement ludique qui dit juste "Pouce !" à la grisaille, la propose à chaque individu d'asseoir librement sa souveraineté en créant la place ou le rôle qu'il désire, le temps qu'il lui plaira. Véritable "pompe à rêves" (dixit l'artiste), elle fédère énergies et compétences, mêle artistes, scientifiques, écrivains, gens d'ailleurs et d'ici et crée une dynamique réelle, porteuse de réalisations.